"La fuite". Technique mixte sur
bois. diamètre 130 cm.
"l'identité",
technique mixte sur toile. 90 x 130 cm. 2007.
"La fuite". Technique mixte sur
bois. diamètre 130 cm.
"l'identité",
technique mixte sur toile. 90 x 130 cm. 2007.Lorsque je regarde, avec toute la distance possible, ce que je fais, je vois une multiplicité de tentatives pour accéder à une sorte "d'image" intangible qui m'occupe... avec en son centre l'Homme en marche, matière dans la matière. Mais il marche, obstinément, cet "Homme" de terre et de sang. Tous les moyens sont bons pour cerner les contours de celui-ci, dans le champ étroit du tableau.
Et laisser libre court à "l'intuition", à la matière, au geste... laisser venir les choses, accepter le hasard, en jouer... pour qu'au final il y ait la sensation, ou bien la vie... et non pas l'idée,et non pas l'image... ne pas peindre une image, donner corps à l'idée sans idée préconçue.
Et jeter là soudain un trait noir dans l'argile, et poser là une ligne frêle dans le bleu du ciel, et laisser libre court au glissement de l'eau, et imprimer la trace d'une main, et puis poser soudain avec application le trait félin du pinceau.
Saisir d'un geste un regard éloigné, une absence furtive, un geste révolté, un corps lourd dans la lumière, avec le ciel et l'eau, le feu, le vent, la terre, et puis le monde entier, dans l'énergie rapide du couteau, dans le pigment de la texture, une foule telle une vague, une main ravinée de couleurs, un homme comme un arbre, un arbre comme un corps...
Un ciel vertical, des pas lourds de glaise, un mouvement suspendu, une vague qui court ... immobilités verticales, oblique du mouvement: métaphysique sourde de "l'Homme" vivant, en marche dans son présent.
Donner de l'espace, donner du corps à la peinture.
Renvoyer violemment le spectateur à la vie.


C'est ce que dit Francis Bacon lors d'un entretien avec David Sylvester, "...et plus je vieillis et plus il en est ainsi- toute peinture est accident. Aussi, je vois d'avance la chose dans mon esprit, je la vois d'avance, et pourtant je ne la réalise presque jamais comme je la prévois. Elle est transformée du fait même qu'il y ait peinture."
Laisser libre court, donc, à l'accident, à la matière, au geste...laisser venir les choses, accepter le hasard ,en jouer... pour qu'au final il y ait la vie...et non pas l'idée,et non pas l'image... ne pas peindre une image, donner corps à l'idée sans idée préconçue oserais-je dire...Bacon parle " d'échapper à une peinture illustrative" en laissant libre court à l'accident....voire à le provoquer, en se plaçant dans l'inconfort de "l'immaîtrisé", dans l'oubli de soi, de son histoire, de ses savoirs faire....
Et pourtant, dans ce laissez-aller, je suis là...peut-être jamais n'ai-je été autant là...paradoxe simple.
la vie se confond avec la peinture. Le discours? Il ne concerne pas la peinture, exclusivement. Elle est là, la peinture, choix préalable, pour donner sens à la vie.(?)Pas si mal. A qui que ce soit, cela ne porte préjudice. Dans ces temps préjudiciables, cela n'est pas si mal.
Libre. Je suis libre, dans cet espace étroit pour les autres, immense pour moi, de dire, tout. Comme je l'entends. Je souhaite, à chacun, à l'heure du "JT" ou bien à l'heure des "messes" synchronisées, de prendre son espace "d'accident". Prenez-le.

Juxtaposer des choses récentes ou plus anciennes dans l'espace de l'atelier me permet d'entrevoir des possibles, des voies, des ouvertures...des liens. A peine ai-je poussé des portes, à peine les ai-je explorées...
je compare souvent l'espace de l'atelier à une tête...c'est un espace intérieur. Sur les parois de mon cerveau j'accroche donc des choses, je suis chez moi...sur les murs de l'atelier je devine soudain les perspectives possibles... croiser des tentatives anciennes et récentes , mixer des matériaux, des techniques, des thématiques...Bref à l'intérieur de mon propre "petit fonctionnement" j'entrevois une infinité de possibles...
Toujours l'impression de n'avoir rien commencé...pourtant une centaine de toiles s'entassent ici et là, dans l'atelier, chez moi...que de matière, que d'énergie... pourtant je cherche un seul tableau...il est en quantité infinitésimale dans chacune de mes tentatives...je rêve ce tableau impossible où tout serait là, entièrement, dans le cadre étroit. Seul.Un seul tableau. Et dire tout ce que l'on a à dire, là, maintenant, une fois pour toutes...!
Sans doute cherchons-nous tous "ce tableau", d'une façon ou d'une autre...je suis bien incapable de définir clairement pourquoi...
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